Le bilan mitigé de la COP24

Bilan de la deuxième semaine de négociations

Rappel des enjeux et de la situation en fin de première semaine

Au milieu de la COP24, nous avions proposé un décryptage des enjeux et un bilan de la première semaine de négociations que nous vous invitons à retrouver ici.

En quelques mots, la COP24 s’était ouverte sur trois enjeux principaux :

  • Acter une relève de l’ambition des engagements des États à 2020 pour l’horizon 2030, notamment par une révision à la hausse des objectifs fixés par les contributions nationales afin qu’elles se mettent en ligne avec ceux de l’Accord de Paris.
  • Finaliser un Rulebook (cadre réglementaire d’application de l’Accord) le plus complet possible afin de donner à l’Accord des règles d’applicabilité et de transparence crédibles.
  • Renforcer la solidarité entre les pays en accroissant les financements climat dédiés aux plus vulnérables afin de favoriser, universellement, la relève de l’ambition.

En fin de première semaine, la situation était très préoccupante. Sur les trois sujets, les négociations ont avancé au ralenti, alors qu’il était urgent d’enclencher la seconde pour le bien de la Planète. Malgré de grandes déclarations pour un passage à l’action rapide et fort, l’ambition n’a eu de cesse de s’étioler dans les actes, principalement suite au refus d’accueillir favorablement le récent Rapport spécial du GIEC.

Les composantes principales du fameux Rulebook (règles de transparence, bilan mondial et financements climat) ont généré des discussions tendues, notamment entre les pays développés et les pays en développement. Enfin, les financements promis par les pays riches pour une plus grande solidarité climatique étaient encore loin du compte.

La COP24, un bilan mitigé et des décisions adaptées à l’urgence ?

Depuis la fin de la COP21 et l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris en 2016, les COP s’enchaînent et se ressemblent. Entre des « bilans en demi-teinte » et une extrême lenteur face à l’urgence climatique croissante, la situation post-Paris se cantonne toujours à des décisions de COP faibles et trop peu ambitieuses.

La COP24 fait-elle figure d’exception en la matière ?

Non. Là où la COP23, bien qu’encore loin d’avoir pris la mesure de l’urgence, avait acté le lancement d’un Plan d’action sur le Genre ou d’un espace de négociations spécifiquement dédié à l’Agriculture et un autre aux Peuples autochtones, la COP24 s’est contentée d’un accord qui a, certes, le mérite d’exister mais qui demeure encore et toujours en-deçà des attentes.

Ambition

L’ambition est la grande perdante de cette COP. Malgré les données scientifiques [1], malgré les impacts toujours plus visibles des changements climatiques [2], malgré les déclarations de représentants de haut-niveau [3], malgré la mobilisation de la société civile à l’image de la marche mondiale pour le climat le 8 décembre, malgré les discours inspirants [4], les Parties rassemblées à Katowice ont échoué à s’accorder sur une hausse des efforts collectifs. L’ancien président de la COP21, Laurent Fabius a déclaré : « il est clair que la lutte contre le changement climatique ne va ni assez vite ni assez loin ».

Cet état de fait provient principalement de la faiblesse de la présidence polonaise des négociations, mais surtout, du manque de leadership international sur la question de la lutte contre les changements climatiques. Finalement, presque aucun nouvel engagement, par rapport à l’Accord de Paris, n’a été pris. Rendez-vous donc en 2020 pour constater si les pays ont, enfin, pris acte de l’urgence et viennent aux négociations avec des engagements rehaussés et une réelle volonté de passage à l’action.

Rulebook

Le « succès en demi-teinte » de cette COP24 provient de la validation du cadre d’application de l’Accord de Paris, le fameux Rulebook. Menacé en milieu de semaine, il existe bel et bien aujourd’hui. Un cadre de transparence commun, permettant de vérifier que les pays tiennent leurs engagements, a été accepté. Par ailleurs, une certaine flexibilité a été accordée aux pays ayant le moins de capacités techniques et financières dans le reporting de leurs actions.

Mais ce dernier ne fait plus référence, ni aux droits humains (présents jusqu’ici dans le texte), ni aux pertes et dommages (qui font encore et toujours face à la non-volonté des pays développés de reconnaître, financièrement, leur responsabilité face à ce qui est irréversiblement perdu). Dès lors, il demeure très décevant pour les pays les plus vulnérables !

Financements

Plusieurs engagements ont été mis sur la table par les États dans le cadre de la finance pré-2020 et des fameux 100 milliards de dollars nouveaux et additionnels par an. Et pourtant, la part très élevée des prêts dans ce montant inquiète les pays les plus vulnérables quant à la réalité des montants qui leur seront finalement alloués.

En outre, les discussions sur l’article 6 et les marchés carbone se sont avérées trop ardues pour être traitées à Katowice. Ce contretemps est notamment lié à des désaccords sur la comptabilisation des efforts de réduction des émissions de carbone. Le sujet est donc renvoyé à 2019 et la COP25 au Chili.

Et la France dans tout ça ?

Entre crise des gilets jaunes et absence du Président de la République au segment de haut-niveau en ouverture des négociations, la France a brillé par son absence. Brune Poirson, Secrétaire d’État auprès du Ministre de la Transition écologique et solidaire, a fait une prise de parole « honnête » sur l’échec de la France à concilier justice sociale et lutte contre les changements climatiques.

Néanmoins, tout reste à faire sur le sujet pour réparer la fracture créée dans l’opinion publique et engager le pays vers plus de Solidarité climatique. Pour le moment, les émissions de la France augmentent, et nous nous éloignons toujours plus de la route à suivre…

Sources :