COP24 : en direct de Katowice

Bilan de la première semaine de négociations

Ouverture dans un contexte géopolitique tendu

L’ouverture de la COP24, le 2 décembre dernier, s’est faite dans un contexte géopolitique tendu. Si elle n’a pas provoqué d’appel d’air immédiat, comme ce fut le cas avec le Protocole de Kyoto, la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris, en juin 2017, demeure un frein important à la dynamique internationale.

Inquiétude face à la sortie du Brésil

En novembre 2018, Jair Bolsonaro, récemment élu Président du Brésil, suite à une campagne ouvertement climato-incompatible, a nommé son nouveau Ministre des Affaires Étrangères, Ernesto Araùjo. Selon ses propos, les changements climatiques sont un « dogme [qui] a été utilisé pour justifier l’augmentation du pouvoir réglementaire des États sur l’économie et le pouvoir des institutions internationales sur les États-nations et leurs populations, ainsi que pour étouffer la croissance économique dans les pays capitalistes démocratiques et pour promouvoir la croissance de la Chine. ».

La nomination de Ricardo de Aquino Salles en tant que Ministre de l’Environnement, le 9 décembre dernier, pour qui la question des changements climatiques est « secondaire et inoffensive » ne fait que renforcer l’inquiétude quant à une sortie potentielle du Brésil de l’Accord de Paris.

Pourtant l’urgence climatique demeure

La Californie a fait face, en 2018, aux incendies les plus meurtriers de son histoire, l’Europe occidentale enchaîne les années caniculaires exceptionnelles, les phénomènes extrêmes s’intensifient et se multiplient, à l’image de l’Ouragan Walaka, responsable de la disparition de l’île d’East Island dans l’archipel d’Hawaï ; et ce ne sont que des exemples parmi beaucoup d’autres.

Alors quels principaux enjeux concrets pour la COP24 ?

  • Acter une relève de l’ambition des engagements des États à 2020 pour l’horizon 2030, notamment au travers d’une révision à la hausse des objectifs fixés par les contributions nationales afin qu’elles se mettent en ligne avec ceux de l’Accord de Paris.
  • Finaliser un Rulebook (cadre réglementaire d’application de l’Accord) le plus complet possible afin de donner à l’Accord des règles d’applicabilité et de transparence crédibles.
  • Renforcer la solidarité entre les pays en accroissant les financements climat dédiés aux plus vulnérables afin de favoriser, universellement, la relève de l’ambition.

Une première semaine insuffisante face à l’urgence

Les négociations ont débuté lentement avec une ouverture de haut niveau pour laquelle seule une trentaine de chefs d’États avaient fait le déplacement. Les négociations sont restées majoritairement bilatérales et fermées aux observateurs pendant les deux premiers jours. Sur les trois enjeux cités ci-dessus, les négociations ont avancé collectivement à partir du 4 décembre.

Loin de l’ambition des 1,5 °C

La relève de l’ambition navigue entre déclarations encourageantes et prises de position inquiétantes. Ainsi, plusieurs éléments positifs sont à noter :

  • Une prise de position forte du Secrétaire des Nations-Unies, Antonio Guterres, quant à une relève nécessaire de l’ambition climatique pour qui les changements climatiques sont : « déjà une question de vie ou de mort » et que « même si nous sommes témoins d’effets dévastateurs sur le climat, qui font des ravages dans le monde entier, nous ne faisons toujours pas assez, ni n’avançons assez vite pour prévenir un dérèglement climatique irréversible et catastrophique ».
  • Le Canada, qui a pour l’instant un objectif de réduction de ses émissions de 27%, a annoncé une relève de l’ambition de sa contribution nationale en 2020. Un Institut sur les changements climatiques sera donc créé avec un budget de 20 millions de dollars sur 5 ans pour accompagner le gouvernement dans la formulation de politiques ambitieuses.

Néanmoins, en fin de semaine, les négociateurs réunis en session du SBSTA (Subsidiary Body for Scientific and Technical Advice) pour accueillir le Rapport spécial du GIEC sur les 1,5°C et en faire le guide des négociations à venir ont fait face au refus de 4 délégations : les États-Unis, la Russie, l’Arabie-Saoudite et le Koweït.

Les États-Unis ont justifié ce choix par le fait qu’ils n’approuvaient pas le rapport et ses conclusions mais étaient prêt à en prendre note. Ce qui, dans le jargon des négociations, constituent un langage plus faible et, donc, moins engageant. L’Arabie Saoudite a, quant à elle, remis en question la crédibilité de la science et du GIEC. Les autres pays ont, cependant, fait front commun sous l’impulsion de l’Union européenne et des Petits États Insulaires.

Un Rulebook toujours en construction

Trois principaux sujets sont en discussion : (i) la transparence des engagements et des actions entreprises par les États, (ii) le bilan mondial qui doit permettre de mesurer les avancées tous les 5 ans et revoir chaque contribution à la hausse et (iii) la prévisibilité, la comptabilité et les hausses à venir des financements dédiés à la lutte contre les changements climatiques.

  • i. Sur la transparence, les discussions se sont tendues sur la flexibilité des règles pour les pays ayant différentes capacités, notamment en termes de MRV (Monitoring, Reporting & Verification). Ainsi, les États-Unis ont délibérément chercher à cristalliser les tensions en demandant à ce que les Pays en développement soiet soumis à une obligation de reporting tous les ans, contrairement à ce qui est inscrit dans l’Accord de Paris.
  • ii. Sur le bilan mondial, les discussions sont ardues sur la manière de traiter l’équité. En effet, le problème de l’intégration des Pertes et dommages, c’est-à-dire ce qui est déjà perdu du fait des dommages irréversibles causés par les changements climatiques quels que soient les actions entreprises par les États, soulève toujours des questions d’équité et d’éthique. Il s’agit, en bref, de négocier sur la manière de prendre en compte les responsabilités des États dans la disparition d’une île entière et du déplacement de sa population.
  • iii. Sur les financements, les discussions sont toujours difficiles entre les Pays en développement (Groupe Afrique et G77) et les principaux pollueurs (États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Canada, etc.). L’Union européenne peine à s’imposer comme leader ambitieux sur ces questions.

Au terme de la première semaine, le texte présente encore de nombreuses options qui ne pourront pas toutes être arbitrées par les Ministres en deuxième semaine. Les négociateurs doivent donc encore affiner le texte pour éviter l’échec en fin de COP.

Une contribution financière à la Solidarité en demi-teinte

Sur la question des financements, plusieurs annonces ont été faites par les Pays développés et la Banque mondiale. De fait, l’Allemagne a annoncé un doublement de sa contribution au Fonds vert pour le climat, la portant à 1,5 milliard d’euros. La Russie a, pour la première fois, annoncé vouloir y contribuer. De son côté, la France souhaite renforcer sa contribution au Fonds d’adaptation pour un montant encore non défini. Enfin, la Banque mondiale a annoncé un doublement de son objectif climat pour la période 2021-2025, soit l’équivalent de 200 milliards de dollars qui seront largement consacrés à l’adaptation aux changements climatiques.

Que pouvons-nous espérer ?

Entre les arrestations des représentants de la société civile par les autorités polonaises, les points de blocages sur les différents sujets et l’odeur de charbon ambiante, la perspective d’une fin heureuse pour la COP24 de Katowice n’est pas dans l’air et s’éloigne à « petits pas ». Rendez-vous malgré tout dans une semaine, en espérant être contredits.