Concilier bataille climatique et justice sociale : c’est possible !

Engageons-nous ensemble, solidairement, dans le combat climatique

Nos sociétés face au défi climatique

Le 28 août dernier, Nicolas Hulot, alors Ministre de la Transition Écologique et Solidaire, démissionnait brutalement de son poste, laissant derrière lui une incertitude croissante quant à la capacité de nos sociétés à faire face au défi climatique. Et quel défi…

Une récente étude de la revue Nature Climate Change intitulée : « Broad threat to humanity from cumulative climate hazards intensified by greenhouse gas emissions » (Novembre 2018) met en exergue le fait que l’humanité est d’ores et déjà affectée de 467 façons différentes par les changements climatiques. Les chercheurs estiment qu’au rythme actuel d’accroissement des émissions, la moitié de la population pourrait être soumise à des dangers climatiques extrêmes cumulés d’ici à 2100 : « Marseille devrait par exemple faire face à une augmentation du réchauffement, des sécheresses, des vagues de chaleur et des incendies, une hausse du niveau de la mer, une réduction de l’eau potable et des changements océaniques (de température, d’acidité et de quantité d’oxygène), dont la force cumulée équivaudra à trois des dangers les plus extrêmes jamais enregistrés n’importe où sur terre ».

Ces catastrophes creuseront toujours plus les inégalités sociales, fragilisant chaque jour davantage les populations les plus vulnérables, en France et à l’échelle internationale.

Cette urgence appelle encore et toujours à l’action ! Le Rapport spécial du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’Évolution du Climat) paru en septembre dernier l’a une énième fois rappelé : « il [faut] modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société ».

Mais quelles réponses ?

D’un côté, il y a celle du déni, qui risque de faire définitivement franchir à la civilisation humaine le point de non-retour. Cette réponse prend de l’ampleur à l’échelle internationale : retrait de Donald Trump de l’Accord de Paris, élection de Jair Bolsonaro pour qui la forêt amazonienne n’est rien d’autre qu’une manne économique à exploiter, ou encore montée des populismes au sein de l’Union européenne qui freine l’ambition du Vieux Continent en matière de lutte contre les changements climatiques.

De l’autre, il y a celle d’une mobilisation citoyenne faite de « petits gestes » et de « petits pas » qui prend de l’ampleur incontestablement traduisant que l’enjeu est de plus en plus partagé. D’aucuns pourront estimer que cela n’est rien ou pas grand-chose comparé au défi qui s’offre à nous. Bien entendu cette réponse seule ne sera pas suffisante, mais nous la pensons essentielle car porteuse d’une solidarité indispensable et de nature à montrer l’exemple, faire passer des messages et inciter des acteurs plus influents (entreprises, collectivités, décideurs) à passer eux-mêmes à l’action. Pour que le Black Friday devienne le Green Friday. Pour que des mesures soient prises contre la précarité énergétique en France. Pour que la taxe sur les transactions financières aide davantage les populations les plus sensibles aux changements climatiques à s’y préparer.

Pourtant, certains « grands pas », nécessaires et incontournables, sont aujourd’hui mal engagés. L’une des dernières mesures portée par Nicolas Hulot avant sa démission fut l’accélération de la mise en œuvre de la taxe carbone.

Pourquoi une taxe carbone ? Mettre en œuvre ce type de fiscalité découle d’un objectif simple : réintégrer dans le prix final des biens et services les coûts des externalités environnementales négatives associés aux différentes étapes de leur production. C’est un principe économique de base, taxer fait augmenter le prix et incite à réduire la consommation des biens les plus polluants au profit d’alternatives plus respectueuses de l’environnement. Cette notion de taxe corrective, ou taxe pigouvienne (du nom de son inventeur Arthur Cecil Pigou), remonte à 1920 et ne se raccroche à aucune tendance politique.

En France, l’introduction de cette nouvelle fiscalité a été l’élément déclencheur d’une fracture sociale. Le pays se divise, exposé à toujours plus d’inégalités sociales.

Ne pas opposer écologie et solidarité

L’émergence des « gilets jaunes » est la conséquence logique d’une opposition entre écologie et solidarité. Pourtant cette opposition n’aurait pas lieu d’être si la dimension sociale de la transition écologique était réellement intégrée, de manière systématique et élaborée au plus proche des réalités citoyennes. Comment peut-on demander aux populations les plus vulnérables de faire face seules au défi climatique quand des acteurs censés être des piliers de la transformation des sociétés sont accusés de fraudes fiscales ? Une telle taxe ne peut être additionnelle, elle doit se substituer à d’autres prélèvements indirects ou être compensée par des mesures avantageuses, au profit des plus populations les plus vulnérables de la société.

De manière générale, il ne peut y avoir de transition énergétique que si elle est réfléchie au niveau des territoires et accompagnée de mesures sociales cohérentes et, sans ambiguïté, à destination des plus fragiles. Comment demander aux Français qui n’arrivent pas à payer leur facture d’électricité de passer chez un fournisseur d’énergie renouvelable s’ils ne sont pas accompagner dans la réduction de leur consommation par l’isolation ? Comment permettre aux pays en voie de développement de développer leur économie pour sortir les peuples de la pauvreté en leur donnant les moyens de le faire de manière propre ?

Lors de son retour médiatique le 22 novembre 2018, Nicolas Hulot a rappelé l’ampleur du défi climatique. En substance il rappelle que pour faire face, nous devons, tous, collectivement, être solidaires et nous engager dans une transition énergétique et climatique juste. Que si elle n’est pas juste socialement, la lutte contre les changements climatiques est vouée à l’échec.

Le GERES, acteur engagé de la Solidarité Climatique ne peut que s’associer et relayer ces propos. Nous encourageons une transition énergétique ambitieuse contribuant, à la fois, à traiter l’enjeu climatique global et à réduire la pauvreté, en France et à l’international.

Pour combattre les changements climatiques, il nous faut prendre notre courage à deux mains et s’engager ensemble, solidairement.